La Revue des Ressources
Accueil > Création > Poésie > Clôture

Clôture  

vendredi 20 mars 2026, par Marine Chèze

DIFFÉREMMENT

Aujourd’hui, je comprends.
En fait, non, c’est faux, je commence à comprendre.
Enfin, j’essaye…

Aujourd’hui, je comprends qu’il n’y avait pas de raisons profondes à notre histoire.
Il y a des explications très claires au fait que toi et moi ayons été autant attirés l’un par l’autre.
Mais quand je parle ici de raisons profondes, je veux dire : pas de raisons supérieures qui nous auraient guidés l’un vers l’autre et me donneraient une raison de t’attendre indéfiniment.
Pas de raisons de penser non plus que tu m’as manipulée ou que tu as profité de cette situation.
Pas de raisons de t’en vouloir de ne pas m’avoir choisie, alors que moi j’étais si sûre.

Aujourd’hui, je commence à comprendre que nous aimons tous différemment.

Aujourd’hui, je perçois que j’ai une capacité à aimer tellement profonde que tu ne pouvais pas y répondre.
Peut-être même qu’elle t’effrayait.

Des personnes peuvent s’aimer, d’une certaine façon, et être certainement très sincères, mais ça ne veut pas dire qu’elles s’aiment de la même manière. Ça ne veut pas dire qu’elles sont compatibles.

Tu m’aimais, j’en suis certaine.
Pas seulement mon corps.
Pas seulement l’interdit.
Pas seulement par ennui ou besoin de nouveauté.
Tu m’aimais.

Mais à ta façon.
Une façon si éloignée de la mienne.
Une façon si incompatible avec mon cœur.
Tu m’aimais sans vouloir changer pour cet amour.
Tu m’aimais en compartimentant et en me rangeant dans un coin de ton esprit.

Je t’aimais avec tout ce que j’avais.
Je t’aimais avec tout ce que j’étais.
D’un amour qu’on ne contrôle pas.
D’un amour qui nous dévore.
D’un amour qu’on ne range pas dans une case.
D’un amour naïf de croire que rien ne lui est impossible.
D’un amour qui me ressemble.

Et ces amours ne nous permettaient pas d’être ensemble.

AILLEURS

Parfois j’aimerais que tu reviennes.
Je t’imagine me dire que tu t’es trompé, que tu regrettes, que tu étais perdu,
mais que maintenant tu sais ce que tu veux : Moi.

Dans ces moments-là, je me dis que je tombe dans le cliché typique de la fille au cœur brisé.
Mais je me rends compte que mes désirs et mes questionnements en disent finalement plus sur moi que sur toi.

J’attends qu’on me choisisse et qu’on m’aime.

Aujourd’hui encore, je pense à toi.
Mais maintenant je sais.
Ce n’est pas toi qui me manque.
C’est le besoin de compter, d’être vue.
C’est un complice de chaque instant.
Quelqu’un qui au-delà de l’Amant sera l’Ami de toute une vie.

Je pense encore à toi.
Mais aujourd’hui j’ai compris que l’idéal que je voyais en toi,
celui auprès duquel mon cœur me pousse encore parfois à revenir,
n’était qu’un mirage,
la projection de mes rêves et mes aspirations.

La personne qui me manque n’existait pas vraiment.
Je ne peux pas t’en vouloir.
Je ne peux que chercher ailleurs ce qui, dès le début, n’était pas toi.

JE ME SUIS TROMPÉE

Je me suis trompée.
J’ai cru qu’en y croyant assez fort tout était possible.
J’ai oublié que les gens avaient chacun leur propre volonté.
J’ai oublié que je ne faisais pas les règles et que chacun avait les dés en main.
J’ai oublié que je n’étais pas seule à vivre ces événements et que chacun maîtrisait sa destinée.

J’ai voulu voir des choses qui n’étaient pas là.
J’ai doté des personnes de qualités qu’elles n’avaient pas,
et leur ai donné des aspirations qui n’étaient pas les leurs.

Je me suis trompée.
J’ai cru que j’écrivais cette histoire.
J’ai modifié ma perception des événements pour les rendre plus beaux, plus acceptables.
J’ai voulu voir de l’amour là où il n’y en avait pas.
J’ai créé des excuses pour des choses qui ne le méritaient pas.

J’ai fermé les yeux sur tellement de choses.
J’ai tu ce que je voulais vraiment.
J’en suis venue à oublier qui j’étais.

Je me suis trompée.
Et j’ai perdu.
Perdu qui j’étais vraiment.
Perdu l’illusion d’un avenir ensemble.
Perdu l’innocence de croire que tout est possible.

Je me suis trompée.
Je déteste perdre.
Mais j’ai appris.

ELLE

J’ai envié sa place pendant si longtemps.
Celle auprès de qui tu retournais à chaque fois.
Celle auprès de qui tu t’endormais paisiblement.

J’aurais voulu être elle.
Te regarder te réveiller chaque matin.
Me balader à ton bras.
Porter tes enfants.

Je rêvais d’être à sa place.
Dans tes bras.
Dans ta vie.

Mais comment envier réellement une femme qui ne connaissait pas cette partie-là de toi,
qui ne savait pas ce que tu me disais, ce que tu me faisais.
Une femme qui te faisait confiance alors que tu étais auprès de moi.

J’ai été triste pendant tellement de temps lorsque je pensais à elle.
Mais je crois que de nous deux,
c’est elle qui, si elle avait su,
aurait eu le droit d’être triste.

AIMABLE

J’aimerais qu’on me remarque.
Qu’on me trouve spéciale.
Qu’on m’aime.

De façon assez contradictoire,
je crois que ce désir est parfois si fort,
qu’il m’empêche d’être qui je suis vraiment.

Comme si être naturelle, spontanée,
me rendait moins aimable.
Comme si personne ne pouvait accepter la vraie moi.

J’ai peur qu’on ne m’aime pas.
Qu’on ne me trouve pas assez belle,
pas assez drôle,
pas assez attirante.
Qu’on me juge trop contrôlante,
trop bavarde,
trop sensible.

J’ai parfois l’impression de porter un masque.
De m’adapter et de me fondre dans le moule de l’image qu’on se fait de moi.
Comme si j’étais prête à tout pour qu’on m’aime.
Capable de devenir absolument tout ce qu’on attend de moi,
de répondre à tous les désirs que je vois dans les yeux de ceux qui me regardent.

J’ai l’impression que je ne trouverai jamais quelqu’un pour qui je serai suffisante.
Comme si l’Amour était réservé aux autres et pas à moi.

C’est déconcertant,
car je sais reconnaître ma valeur dans d’autres aspects de ma vie.

Mais les règles de l’amour sont si déstabilisantes,
si déroutantes,
si imprévisibles…

Et malgré mes capacités dans d’autres domaines,
je semble rester sur le côté lorsqu’il est question d’amour.
Comme si les règles étaient insaisissables pour moi.
Comme si j’étais désarmée face à ses acteurs.

Peut-être un jour, à force de l’observer,
je parviendrai à comprendre le sens de tout cela.

LE PRIX À PAYER

Certains soirs, je doute.
J’ai peur de ne jamais retrouver la même chose.
La même intensité.
La même connexion.
Le même désir.

Aurais-je dû accepter ce qui me faisait si mal ?
Aurais-je dû fermer les yeux sur ma douleur ?
Aurais-je dû renoncer à mes principes ?
Aurais-je dû abandonner mes rêves ?

M’aurais-tu rendue heureuse si j’avais fait tout cela ?
Est-ce que cela en aurait valu la peine ?

Devais-je disparaître pour rester à tes côtés ?

Peux-t-on être heureux si on perd qui l’on est vraiment ?

MOI

Pendant si longtemps,
personne n’a vu,
personne n’a su.
À quel point je t’aimais.
À quel point j’avais mal.

J’étais partagée entre ces moments de bonheur intenses avec toi,
et tous ces moments vides sans toi.

Quand on aime,
on a envie de parler de cette personne au monde entier.
Notre cœur déborde de cette affection,
et nous ne pouvons nous empêcher de la partager avec nos proches.

Mais tu étais mon secret.
Celui dont je ne pouvais pas parler.
Celui avec qui mon temps était compté.

Et taire quelque chose qui devrait être si beau et si normal,
n’est-ce pas le contraire d’aimer ?

C’est comme si cette chose qui aurait dû être si belle,
était devenue un poison.
Un poison que j’acceptais volontiers,
mais qui me nécrosait de l’intérieur.

Amoureuse,
j’aurais dû être heureuse.
Pourtant, je m’éteignais de plus en plus.

Et les moments de bonheur auprès de toi,
aussi beaux et intenses soient-ils,
ne me suffisaient plus.

Je voulais plus.
J’avais besoin de plus.
Besoin de quelque chose de vrai.

Personne ne s’en rendait compte.
Je le cachais à tous.
Mais je souffrais.
Plus rien n’avait de saveur sans toi.
Plus rien n’en valait la peine.

Je te l’ai dit.
Mais ma souffrance ne t’atteignait pas.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que ce que je pensais être de l’amour n’en était pas.

DÉSAIMER

C’est comme si, peu importe les déceptions,
les douleurs et les peines,
j’étais incapable de cesser de t’aimer.
Qu’importe mes efforts et le temps qui passe,
tu restes présent dans mon cœur et mon esprit.

Est-il possible de désaimer ?

Parfois, j’ai l’impression que pour moi,
rien n’est moins sûr.

Comme si chaque personne qui a compté
pour moi restait gravée dans mon âme.
Je garde en moi une trace de chacune d’elles.
Un souvenir immuable.

Amours, Amitiés, peu importe.

Là où certaines rencontres semblent s’effacer dans mon esprit
comme une trace dans le sable sur la plage,
d’autres me marquent au fer rouge,
là où rien ne pourra plus jamais les faire disparaître.

TRACES

J’aime l’idée que les personnes qui ont compté,
laissent une part d’elles en nous.

J’ai l’impression qu’elles ne disparaissent jamais vraiment.
Peu importe le rôle qu’elles ont joué dans ma vie.

Un rien me les rappelle.
Une musique.
Un lieu.
Un plat.
Une habitude que j’ai prise à cause, ou grâce, à elles.

Parfois je me demande si je ne suis pas le résultat de toutes ces rencontres.
La construction de fragments générés par toutes ces personnes qui ont un jour croisé mon chemin.

UN CAFÉ

Je t’ai proposé de prendre un café.
Un simple café.
Une chose que même des inconnus partagent.
Un moment convivial, chaleureux, réconfortant.
Une normalité pour des gens qui s’apprécient.

Je t’ai proposé un simple café.
Mais tu y as mis des conditions.
Pour partager cet instant,
tu devais être sûr d’en retirer quelque chose.

Et nous n’avions pas les mêmes attentes.

J’aurais simplement été satisfaite par ta présence.
Ton visage.
Ta discussion.
Ils auraient suffi à réchauffer mon cœur.

Mais toi,
tu attendais plus.
Bien plus que ce que je ne pouvais t’offrir après tant de temps passé sans te voir.

Je t’avais proposé un café.
Une chose que même des inconnus partagent.
Mais pour toi, je ne méritais même pas un moment si simple, sans contrepartie.

J’aurais voulu prendre un café avec toi.
Et pendant des années j’aurais accepté tes conditions pour te garder.

Mais j’attendrai quelqu’un qui trouvera qu’un « simple » café,
en vaut largement la peine.
Que les moments si simples,
peuvent devenir plus beaux que tout le reste.

ADIEU

Je crois que c’est notre moment.
Celui de se dire au revoir.

Pendant toutes ces années, une part de moi s’est toujours dit que,
si la vie nous en avait laissé l’occasion,
nous aurions été extraordinaires ensemble.
Dans un coin de ma tête, ou de mon cœur,
un infime espoir a longtemps continué à vivre.
Mais ces dernières années, je me disais que c’était fini.
C’était sûr.
Le seul scénario possible aurait été que tu reviennes célibataire
Et ça, ça n’arriverait jamais.

Et pourtant,
il y a quelques jours,
tu es revenu.
Séparé.

Mais aujourd’hui encore, la vie ne semble pas souhaiter nous voir ensemble.
Aujourd’hui, nous n’avons pas l’air de rechercher les mêmes choses.
Aujourd’hui, j’ai surtout appris à me faire passer en premier,
et à ne plus m’adapter pour qu’on me choisisse et qu’on m’aime à tout prix.

Mais, ça reste loin d’être facile de te dire non…
C’est toujours difficile de te dire non…

Qui aurait pu prévoir, lorsque nous nous sommes rencontrés il y a quelques années ?
Qui l’aurait dit ?
Certainement pas la jeune fille que j’étais en face de toi.
Je n’aurais jamais imaginé que, petit à petit, un tel lien se créerait.
Et que même après tant d’années, il nous ferait vibrer si fort.

Notre histoire (parce que oui, j’aime bien dire que nous avons eu une histoire).
Cette histoire m’a appris beaucoup de choses.
Sur moi.
Sur l’amour.
Sur ce que l’on peut accepter quand on aime quelqu’un.
Et sur les limites que l’on doit savoir garder pour s’aimer soi-même.

Alors, Merci.
Merci pour tout ce que tu m’as appris.
Merci pour tout le plaisir que tu m’as procuré.
Merci d’avoir dévoilé la femme que je pouvais être.
Merci de m’avoir montré à quel point je pouvais aimer
et à quel point mon amour peut être grand et fort.
Merci pour tous ces souvenirs.
Merci, mon Amour.
Mon premier Vrai Amour.

La vie a parfois un drôle d’humour.
Même quand tout pourrait sembler s’aligner,
ça ne fonctionne pas.
Et c’est peut-être simplement parce que c’est mieux ainsi.

J’ai compris qu’il faut savoir lâcher prise sur ce que l’on ne peut pas changer.
Et laisser partir ceux qui ne souhaitent pas, ou ne peuvent pas, être pleinement dans notre vie.

Alors aujourd’hui,
je te laisse enfin partir.
Je dépose ici tous les restes d’amour que mon cœur contient encore pour toi,
et tous les espoirs qu’il a pu porter un jour qu’il existe un « nous ».

J’espère que la vie t’apportera, comme à moi,
tout ce que nous cherchons, à notre façon, pour être heureux.

Et après tout ce temps,
il est enfin l’heure de te le dire :

Adieu, mon Amour.

© la revue des ressources : Sauf mention particulière | SPIP | Contact | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 | La Revue des Ressources sur facebook & twitter